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Extrait d’un texte de Natasha Chaykowski

La précarité de toute structure matérielle est une réalité cosmique. Le flux physique universel qui se manifeste dans l’entropie et la ruine n’épargne aucune particule de ce monde. Des germes éclosent les fleurs, qui périssent lorsque le gel s’installe ; même le monument le plus imposant voit ses fondations s’effriter, après des années d’érosion et de subtile oscillation des sols ; et le temps en passant laisse ses marques sur la peau et les os mêmes. Car poussière tu es et à la poussière tu retourneras… Les sculptures tissées de Jannick Deslauriers scellent des moments spécifiques dans les processus de transformation, invitant à considérer la précarité du monde à travers l’utilisation de matériaux délicats, de formes capricieuses et de leur présence éthérée et suspendue. Sa pratique est caractérisée par une forte cohérence entre le savoir-faire, l’utilisation des matériaux et une esthétique particulière. Ses sculptures sont généralement composées de matériaux fins et translucides – dentelle et organza – cousus minutieusement dans des formes tridimensionnelles, dont les lignes s’affaissent singulièrement, aspirant à succomber aux assauts de la gravité. Dans la mesure où elle travaille les mêmes matériaux diaphanes pour figurer différents objets – organiques ou manufacturés –, Deslauriers neutralise tous les sujets qu’elle considère dans un état de délicate suspension.

Abstract from a text by Natasha Chaykowski

The precariousness of all material arrangements is a cosmic reality. Nothing in this world is immune to the constant imperative of universal physical flux that manifests itself as ruination. Flowers sprout from seedlings and perish as frost settles in, even the most monolithic of buildings crumble at the foundations after years of erosion and subtle topographic shifting, and the passing of time takes an inevitable toll on our very own bones and skin. As they say, from ashes to ashes, dust to dust. Jannick Deslauriers’s woven sculptures fix specific moments in the process of change, inviting a consideration of impermanence through the use of delicate materials, whimsical forms, and their ethereal, floating presence. Her practice is characterized by a technique, use of materials, and aesthetic that is largely consistent; her sculptures are typically made of flimsy, translucent fabrics—lace and organza—that, when sown together in three-dimensional shapes, slump at odd angles, yearning to succumb to the demands of gravity. In rendering these varied objects—the organic and the manufactured—uniformly in diaphanous materials, Deslauriers fixes all matter in a state of delicate suspension. Deslauriers’s delicate florals and gauzy textures usher her architectural subject matter from the domain of the derelict to that of the poetic, democratizing all forms of ruination; silk, lace, brick, and metal all in their turn decompose. After all, there are no material hierarchies in the realm of dust.